Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
assoumov.overblog.com

Articles avec #artistes

Matisse, pas si tranquille ...

7 Avril 2014, 14:11pm

Publié par Marine Assoumov

Je suis en train de lire la passionnante biographie d'Hilary Spurling, en 2 tomes : Matisse unknown (1869-1908) et Matisse, the master (1909-1954). Comparable au merveilleux Matisse en France de Louis Aragon, très bien illustré en reproductions d'oeuvres comme en photos et supérieur à ceux de Schneider et de Flam.

Enfin! Une vraie découverte de l'homme et du créateur, loin d'être un bourgeois égoïste et confit dans son art comme le décrivent les clichés des ignorants et des mal intentionnés. Un homme engagé et généreux, ouvert et respectueux des autres, angoissé et insomniaque, qui n'a connu le succès que tardivement, après des années de vache enragée alors qu'il était chargé de famille (3 enfants).

Ce livre tord le cou au fameux "comme un bon fauteuil", parole malheureuse dont on ne regrettera jamais assez le tort et l'incompréhension qu'il a suscités envers l'artiste.

Les boîtes à secret de Patrice Lams

30 Juillet 2013, 16:12pm

Publié par Marine Assoumov

Les boîtes à secret de Patrice Lams

Depuis deux ans, Patrice Lams, qui s'exprime par ailleurs en peinture, dessin et photographie, crée des "boîtes à secrets".

Au départ, l'idée surgit d'un élément plastique, d'une atmosphère colorée, d'un mot ou d'une référence (film, livre, événement, ...). L'artiste la laisse mûrir en restant à l'écoute du hasard ou de l'inspiration. C'est la boîte magique qui tire les ficelles de son créateur-marionnettiste.

Tout enfant, Patrice quémandait déjà des "boîtes" à sa mère et à sa tante. A la fin des années 50, le plastique n'avait pas encore tout envahi et l'on utilisait des boîtes en carton pour contenir boutons, bonbons ou confetti. Le petit garçon y cachait ses trésors.

La collection atteint aujourd'hui la cinquantaine de boîtes.

De petites boîtes en carton, carrées ou rectangulaires, peintes, dessinées et collées sur le couvercle et le fond, à l'extérieur comme à l'intérieur. Elles recèlent souvent de petits objets, parfois cachés sous un double fond.

Des tons bistre, noirs et gris, de l'écriture, des collages de documents récupérés : négatifs de film, estompes au crayon, fragments d'éventail, cartes postales anciennes, publicités gentiment ringardes.... Malgré la sobriété des coloris et la délicatesse de l'expression, un caractère ludique et malicieux, parfois coquin comme "les causeries d'une bonne-mère", sourd de ces boîtes.

L'étagement de différents plans à l'intérieur de la boîte forme un décor en relief, comme une maison de poupée ou plutôt une scène de théâtre miniature. Ce théâtre nous parle du passé, il nous murmure à l'oreille une histoire à la Modiano, il nous évoque des souvenirs disparus, une atmosphère indéfinissable, les années 30 peut-être, ou peut-être pas.

Tout un univers nostalgique qui tient dans le creux d'une main... Mais quelle impression d'espace! Et qui invite au voyage. Ce voyage que Lams est le premier à vivre tout au long de la création de ces boîtes et qu'il offre au spectateur.

Quel mystère se cache dans ces petits cartons sépias ? Chacun y retrouve ses propres secrets surgis du passé. Nul doute, avec Patrice Lams, le regardeur est lui-même mis en boîte, pour son plus grand plaisir ...

Poésies d'Eric Chassefière

7 Juin 2013, 10:52am

Publié par Marine Assoumov

Poésies d'Eric Chassefière

L'éditeur d'Encres Vives publie une monographie sur le poète Eric Chassefière qui a notamment écrit "Se rappeler pour être", "Camera Oscura", "Le Silence de l'arbre entier", "Se peindre à d'autres nuits".

De la belle et bonne poésie, douce et tranquille, qui parle de la nature, de la lumière, du temps, de la mémoire, du silence, ...

Voici ce que le poète nous en dit, et qui n'est pas si différent d'ailleurs de ce que je pourrais écrire moi-même sur ma peinture : "le poème [...] se bâtit au fil des mots, sans but initial précis, pour devenir [...] une totalité sensible, résonnante, qui ne vaut que par la multiplicité des chemins de lecture et d'émotion qui s'y offrent à nous, mais aussi la part d'obscurité, irréductible et tendre, qu'on sent s'y dérober quand on cherche à la saisir toute entière."

Eric Chassefière m'a confié l'illustration de dessins en noir et blanc. Il est toujours délicat de répondre à une commande, même amicale. On souhaite bien faire, et cela pollue toujours un peu le travail. Le créateur perd de sa fraîcheur et son regard critique, pour juger son travail "de l'extérieur" ....

Parmi les dessins proposés, Eric a choisi pour la couverture "voyage intérieur", une encre avec lavis et collage (ci-dessus) .

Enfin de la critique d'art amoureuse ...

6 Février 2013, 15:28pm

Publié par Marine Assoumov

Hector Obalk nous soulage de tous ces critiques trop intellectuels et dépourvus de sensibilité (et de regard?) qui encombrent l'histoire de l'art.

Avec jubilation, Il dispense ses commentaires sur Arte, muni d'une caméra voyeuse et baladeuse, entre deux soli de violoncelle. Presque en apnée, tant la passion et l'amour de la chose vue l'emporte!

D'un ton enjoué et non empesé, il revient à l'essence même de l'art, il traite en profondeur ... de la surface peinte ou sculptée : la texture, la pâte, la couleur, le dessin, la ligne, le volume, la composition, ... Bref, des seuls moyens plastiques! Bien qu'il ne dédaigne pas les incursions psychanalytiques malicieuses. Il analyse l'oeuvre d'art comme pourrait le faire un artiste ...

Il consacre ses critiques aux grands artistes classiques, les peintres ou sculpteurs de figure. Apparemment, la peinture abstraite est hors de sa cible. Dommage! Dans l'excellente émission de Frédéric Taddei "Ce soir ou jamais", Obalk avait eu le courage de s'opposer au consensus extatique sur Edward Hopper en contestant sa qualité de "grand peintre".

Bref, en décortiquant à la caméra et à la voix peintures et sculpture, Obalk gratifie les amateurs d'art, si négligés à la télé, d'un joli moment de plaisir et de liberté picturales.

Les Autoportraits de Henri Landier

5 Février 2013, 11:57am

Publié par Marine Assoumov

Les Autoportraits de Henri Landier

Henri Landier est un artiste sans concession, peintre et graveur, riche d'une oeuvre puissante et grave.

Je l'ai connu il y a longtemps quand j'habitais près de son bel atelier à Montmartre. Bien qu'alors je débutais, il s'est intéressé à mon travail avec bienveillance et générosité. Nous avons même fait un échange d'artiste. Et son amitié m'a toujours accompagnée et réconfortée dans les moments difficiles de la vie d'artiste ...

En 2009, il s'est lancé dans une collection d'autoportraits, fondée sur une idée très originale : se peindre à la manière de ses séries passées (barrières, labyrinthe, danseurs de buto, vignes, ...) ou d'après des croquis de lui-même dessinés par ses amis artistes.

Il m'a ainsi proposé de le portraiturer dans son atelier, dessin dont il s'est inspiré pour cet autoportrait au chevalier intitulé "à l'amie Marine Assoumov".

Puis il m'a demandé de lui écrire un poème sur ses autoportraits que j'aime tant. Le voici :

Les Autoportraits de Henri Landier

Landier, tu peins la vie et la mort, la terre et la mer,
Tu peins les villes et les choses, les gens et les champs,
Tu peins le monde, tu es le monde.
Peintre voyant dévoilant le vivant,
Ton œuvre, comme la vie toujours recommencée,
Met en scène la question ultime.
Tes dix mille créatures de lin et de velin,
Recréent la tradition en feignant de la suivre,
Pâte voluptueuse et patte fulgurante.
De la mémoire à la toile, dans la chair tendre de l'huile,
Ta main rapide et sûre transcrit tes souvenirs, intense esquisse,
Formes épanouies et couleurs éblouies.


Aujourd'hui, tu te peins.
Tu te dépeins, enfin, revêtu des habits de tes séries passées.
Deux cents autoportraits,
Plus que Rembrandt, Beckmann, Durer ou Van Gogh,
Deux cents tableaux,
Sans narcissisme et sans redites,
Deux cents huiles,
Autant de visages, autant de paysages et autant de palettes,
Deux cents portraits,
Sans grimaces et sans afféterie,
La peinture, la peinture pure …

Les Autoportraits de Henri Landier

Osées métamorphoses de l'artiste écorché,
Testament magnifique de cet homme au turban,
Barricades rouges et blanches, danseurs ivres de la liberté du corps,
Squelettes de bateaux rongés par la mort, lignes de vignes,
Ferrailles enlacées, charpentes éventrées,
Vieux oripeaux, belles chemises, chapeaux pointus …


Dans l'atelier hanté par ces présences obsédantes,
Frontal, mystérieux, ton double nous observe,
Voyageur du regard errant de toile en toile.
Peintures de toi-même, et toi-même peinture,
Silencieux sillage de ta vie solitaire,
Fidèles sentinelles de ton oeuvre plurielle,
Venues nous dire « Landier fuit hic ».